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Michael Cros - La Metacarpe

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Michaël Cros

Artiste pluridisciplinaire Michaël Cros met en jeu des corps, qu’ils soient seuls ou en relation avec leur environnement.
Pour cela, il associe les arts de la marionnette, la danse contemporaine et les arts numériques.
En 2003, il entre à LA MÉTA-CARPE, Marseille, pour produire promouvoir et diffuser ses projets artistiques. En plus des compétences techniques liées aux médiums utilisés, il a acquis une expertise dans la direction de projets et dans la mise en œuvre de processus créatifs collaboratifs. Il affirme la dimension art-science de ses créations en y associant des chercheurs en sciences humaines (anthropologues, éthologues, philosophes). Son goût pour la transmission l’amène à partager régulièrement ses questions artistiques avec différents publics : enfants, étudiants, publics empêchés, amateurs de tous âges.

En 2018, une partie de ses installations comportementales interactives produites par l’Atelier du Cube entrent à la BNF.

Feedback sur l'expérience N.A.P.P.

La post-modernité nous a proposé un récit collectif dans lequel l’art et la vie étaient désormais intimement liés, quelques soient les techniques et les médiums. Nous pouvons alors observer que la question climatique, le dérèglement de nos écosystèmes par l’activité humaine, ainsi que l’appauvrissement de la biodiversité, toutes ces caractéristiques qui touchent à nos vies et que certains chercheurs nomment Anthropocène ou Capitalocène s’immiscent légitimement au sein même de la création contemporaine.

Les artistes du champ des arts de la marionnette sont particulièrement concernés par ces phénomènes, car ils développent un lien intime avec les objets et la matière sous toutes ses formes. Le marionnettiste transforme la matière, l’explore, l’apprivoise ou en prend soin. Elle est son partenaire de jeu, son allié, son défi. Désormais, il doit prendre conscience de son éco-responsabilité au sein d’un environnement peuplé de matières gâchées, salies, et maltraitées. Dans ce contexte inquiétant, la recherche et l’expérimentation sont les deux missions qui me paraissent les plus importantes à embrasser pour un artiste. S’inviter comme artiste-chercheur à la table des experts est un engagement nécessaire, afin de faire entendre une voix différente de celles des scientifiques, techniciens et politiques. L’artiste, par son travail, comme le philosophe, doit explorer de nouvelles façons d’habiter ce monde, en associant le paysage intime qui le constitue à son monde relationnel qui le connecte à l’ensemble de sa communauté de vie. Mettre en jeu des êtres humains et non-humains sans hiérarchie, inventer une nouvelle forme de concorde au sein de son propre univers, cela le marionnettiste sait le faire.

Les cultures numériques ont, elles aussi, inexorablement influencé les modalités de la création contemporaine. Il n’y a pas juste des outils numériques, il y a aussi de nouvelles manières de collaborer, d’articuler la pensée, de mettre en présence des champs de la connaissance qui ne se fréquentaient pas jusqu’à présent. Issu des Beaux-Arts de Marseille et de Lyon en 1995, j’ai été le témoin de cette implantation du numérique dans mon environnement de création. Et il est intéressant de voir comment les arts numériques ont du mal à trouver leur propre légitimé. Cette appellation ne fait même pas l’unanimité chez les acteurs de ce champ de la création, qu’ils soient plasticiens, metteurs en scène, chorégraphes, web artists, ou autres.

Ce qui se dessine, c’est une transdisciplinarité inhérente à la création numérique. Et c’est une des caractéristiques majeures du travail que je fais à la Méta-Carpe. Depuis 2003, j’associe sans relâche les arts de la marionnette, la danse et les arts numériques, au travers de spectacles, d’expositions, et de formes transmédia. Ce qui m’intéresse, c’est d’observer et mettre en mouvement le corps humain, telle une espèce menacée, pris entre le règne animal, végétal et monde des objets.

Comment donner vie à un artefact ? Qui anime qui entre le marionnettiste et la marionnette ? Comment s’affranchir de la loi universelle de la gravité ? Voici quelques questions centrales pour un marionnettiste. Durant ma période de résidence au Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de NAPP, cela s’est traduit par la création d’un dispositif robotisé pour marionnette à fil de taille humaine piloté par ordinateur. Prenant la forme d’un grand cube de 2,50x2,50m équipé de vérins, poulies et fils, reliés à une marionnette assise, hybride entre robot et végétal. Tout cela s’inscrit dans le projet Über Beast Machine, création transmédia 2018 de la Méta-Carpe, et qui a connu plusieurs développements, notamment la performance ÜBM/Variation, présentée à l’étape d’avant-première au Centre de la Marionnette le 15 novembre 2018.

Empruntant au genre de la Science-Fiction, cette performance présente les expérimentations de chercheurs venus du futur sur une mystérieuse créature électrique et végétale, qui ne pourrait pas survivre sans soins humains. Ce qui m’intéresse le plus en mettant en jeu les capacités de cet Über Beast Machine, c’est d’explorer de nouveaux imaginaires, d’œuvrer à inventer d’autres fables, d’autres récits alter-technologiques, une vision écologique de notre futur qui réconcilie l’humain et son environnement.

Ce temps de résidence à Tournai a été précieux à plusieurs points de vue. D’abord, il nous a donné le temps et les moyens de développer le dispositif scénographie appelé La Machine, qui permet au corps de la marionnette de se lever de sa chaise et léviter. Il nous a donné aussi du temps pour répéter et présenter en public une première version de cette performance. Enfin, il nous a permis d’échanger avec différents publics venus découvrir le travail et ses thématiques.

L’équipe de la Méta-Carpe, constituée de deux ingénieurs un constructeur et moi-même, a été particulièrement sensible à la qualité de l’accueil au Centre de la Marionnette et à la grande latitude laissée dans l’organisation du travail. Les échanges avec l’équipe du lieu ont été riches, nous permettant de préciser les enjeux et problématiques soulevés par la proposition artistique. La Machine, grâce à ce temps de conception privilégié, a pu être dès ce moment pensée pour pouvoir soulever non seulement une marionnette légère, mais aussi un corps humain de 70kg, ce qui constitue un des principaux défis de la création 2019 de la Méta-Carpe nommé le SOLO CAPTURE.

La publication d’un article du philosophe et ami Matthias Youchenko dans la Revue Lutka n°60 a été une belle surprise dans l’après-NAPP. Pour finir, j’ai été heureux de participer à un dispositif européen générateur de rencontres et contribuant ainsi à faire naître et amplifier un imaginaire commun, un imaginaire spécifiquement hétéroclite et européen. Comment entretenir ces liens dans un temps plus long ? Je reste disponible et enthousiaste pour participer à cette réflexion.

Informations supplémentaires

Intervention dans le cadre du projet N.A.P.P.:

On stage - Uber Beast Machine - 5>16/11/2018 - Tournai

Media

Teaser d'ÜBM / Variation - Accueilli au Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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